Une grande victoire pour la petite île néerlandaise de Bonaire
Le 28 janvier, dans la salle du tribunal de district de La Haye, Onnie Emerenciana a esquissé un sourire. Pour cet agriculteur de 62 ans comme pour les sept autres plaignants présents ce jour-là, tous venus de la petite île de Bonaire, dans les Caraïbes, la lecture de l’arrêt de la cour a été un immense soulagement.
Au terme de deux années de procédure, le tribunal a reconnu que les Pays-Bas ont, en vertu de la Convention européenne des droits de l’homme, l’“obligation légale” de protéger le droit des 27 000 habitants de Bonaire, territoire néerlandais d’outre-mer, “à la vie, à la santé, au bien-être et à la jouissance de leur culture contre les effets du changement climatique” – au même titre, exactement, que les Néerlandais d’Europe. Obligation que les gouvernements successifs n’ont pas respectée car aucun plan spécifique de mesures climatiques n’a été mis sur pied.
On sait pourtant depuis trente ans que Bonaire, cette île minuscule (288 km2) et dépourvue de relief, est “particulièrement vulnérable”, souligne le quotidien de Volkskrant. Une étude estime qu’à court terme un cinquième de l’île est menacé par la montée des eaux.
Mais ce n’est pas tout. Le tribunal a également statué que les Pays-Bas ne font pas leur “juste part” d’efforts pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. En conséquence, il a non seulement ordonné au gouvernement néerlandais d’élaborer d’urgence un plan d’adaptation pour Bonaire, mais aussi de mettre en place des objectifs plus stricts en matière d’émissions.
C’est une victoire “historique” pour les habitants de Bonaire “et pour toutes les communautés qui se mobilisent pour la justice climatique”, souligne Greenpeace Pays-Bas. C’est aussi l’un des premiers succès des défenseurs du climat dans une procédure combinant “atténuation” des émissions et “adaptation” au réchauffement. “Pour Bonaire, les deux sont indispensables”, explique Greenpeace.
Et maintenant ? Sur l’île, la décision du tribunal de La Haye est perçue comme un tournant. Reste à voir si elle va se traduire par de réels progrès. Pour Onnie Emerenciana, l’important est que le gouvernement élabore un plan en collaboration avec la population locale. “Nous devons le faire ensemble”, affirme l’agriculteur au quotidien Trouw.
Concernant les mesures concrètes, il estime nécessaire de rehausser le littoral dans les zones menacées par l’océan. Or les Pays-Bas détiennent un savoir-faire inégalé en matière de construction de digues. Il y a aussi la question de la chaleur. “Nous devons étudier la nécessité d’installer davantage de systèmes de climatisation. Et voir si l’on peut aider les agriculteurs.” Car il devient de plus en plus difficile à Bonaire de cultiver la terre : la chaleur tue les micro-organismes du sol.
Pour sa part, Marieke Vellekoop, chez Greenpeace, signale le mauvais état des barrages. Elle évoque aussi les initiatives de plantation de mangroves le long du littoral, qu’il faudrait développer. Elle souligne surtout que les Pays-Bas n’ont pas encore engagé le moindre financement pour la protection du climat à Bonaire. “C’est comme si l’on demandait à une commune comme Vught [une petite ville du sud des Pays-Bas], qui compte à peu près le même nombre d’habitants, de se débrouiller toute seule.”
Rob Jetten devrait être le prochain Premier ministre des Pays-Bas. En 2022, rappelle de Volkskrant, il avait pris l’initiative de la première Conférence caribéenne sur le climat en tant que ministre du Climat et de l’Énergie. Relèvera-t-il le défi ?
Onnie Emerenciana se veut optimiste. “Aujourd’hui, nous écrivons l’histoire. La Haye ne peut plus nous ignorer. La cour a fixé un ultimatum. Nos vies, notre culture et notre pays sont pris au sérieux : l’État ne peut plus détourner le regard.”
En bref
L’Europe relance l’éolien en mer du Nord
La “déclaration de Hambourg”, signée le 26 janvier en Allemagne, engage neuf pays européens et plus de 100 entreprises dans la construction d’un parc éolien offshore d’une puissance de 100 gigawatts d’ici à 2050. C’est “à peu près l’équivalent de l’actuelle capacité de production d’électricité du Royaume-Uni”, relève Politico. Ce chantier à 10 milliards d’euros est un atout pour la sortie des énergies fossiles, mais aussi un signal au président américain. L’Europe remet au centre du jeu la souveraineté énergétique et son émancipation du gaz américain, devenue plus urgente depuis la crise ouverte par Donald Trump sur l’annexion du Groenland. Pour en savoir plus, c’est ici.
La Patagonie flambe comme jamais
Au cœur de l’été austral, la Patagonie, qui s’étend sur les versants argentin et chilien de la cordillère des Andes, subit depuis trois semaines les incendies les plus violents depuis trois décennies : 100 000 hectares ont brûlé, le bilan humain s’alourdit encore. “Certes, les incendies ont toujours existé en Patagonie, mais le phénomène s’aggrave depuis vingt ans, explique El País America. Ces événements ne sont pas seulement plus fréquents, ils sont aussi plus virulents et explosifs. Ces incendies forment des ‘tempêtes de feu’, des nuages de cendre, d’air chaud et de braises qui allument des foyers secondaires. Le changement climatique est propice à cette situation, à cause des sécheresses qui exposent la végétation au risque d’incendie.” Pour en savoir plus, c’est ici.
À Singapour, le pari de la verticalité
Haute de 23,3 mètres, la ferme verticale qui vient d’être inaugurée à Singapour est la plus élevée du monde. Quelque 1,2 million de plants de laitue pourront y pousser, avec une capacité de production annuelle de 2 000 tonnes. L’objectif : “Permettre une plus grande autosuffisance alimentaire dans un pays où l’espace cultivable est limité”, rapporte Nikkei Asia. Dans un contexte où le climat mondial est de plus en plus instable et où les surfaces cultivables s’amenuisent, ce genre de projet pourrait faire des émules. Mais il est encore très onéreux. Pour en savoir plus, c’est ici.
Des ours polaires qui s’adaptent
D’après une étude de Scientific Reports, les ours polaires du Svalbard résistent mieux que prévu au réchauffement : dans cet archipel norvégien, les plantigrades ont en moyenne augmenté leur corpulence entre 1995 et 2019, période correspondant à une perte significative de la glace de mer. Cela pourrait s’expliquer par des “changements dans le régime alimentaire” des ours, précise Scientific American. Comme il y a moins de glace, “il se pourrait que les phoques se regroupent sur la glace restante et deviennent ainsi plus faciles à chasser, ou que les ours se nourrissent davantage de carcasses de morses ou de rennes”. Pour en savoir plus, c’est ici.
À relire
Vous venez de lire l’édition no 128 de Climatiques.