Les petits soldats du Doge, les ados patrons de start-up et les Verts du mouvement Maga



À première vue, ils sont trop mignons. L’un des deux, âgé de 28 ans, arbore toujours une gueule d’ange, malgré les sourires méprisants qu’il adresse aux avocats qui l’interrogent. Nathan Cavanaugh et son jeune collègue Justin Fox appartenaient, il y a tout juste un an, aux bataillons de petits soldats de la tech dépêchés par le Doge, le fameux “département de l’efficacité gouvernementale” d’Elon Musk, pour désigner les dépenses dites inutiles dans les services publics fédéraux et supprimer en masse les programmes de l’État jugés woke ou “pollués” par la prétendue idéologie de la diversité, de l’équité et de l’inclusion (DEI).

Pendant que leurs collègues passaient à la broyeuse l’aide internationale américaine, ces deux-là étaient chargés, en mars 2025, d’épurer en trois semaines les subventions publiques à la recherche et aux publications en sciences humaines. The New York Times a eu la primeur des vidéos de leurs témoignages en vue des procès intentés au Doge par plusieurs associations d’enseignants et de chercheurs privés de fonds, et pour certains de leur carrière, par le fanatisme de Musk.

On découvre ainsi que Cavanaugh et Fox, des techies sans expérience des travaux universitaires, avaient demandé à ChatGPT d’établir la liste des programmes suspectés de liens avec la politique DEI. C’est ainsi qu’un documentaire en préparation sur les droits civiques des Noirs, un autre sur l’esclavage des femmes juives dans les camps de concentration, une anthologie en quarante volumes de la musique américaine et les fonds pour la numérisation de journaux de la communauté noire sont passés à la trappe. Le paiement de climatiseurs pour un musée a été annulé car l’établissement se disait ouvert à un public “divers”. Avec une assurance de robot, ils confirment que tout projet contenant les mots-clés “féminisme”, “LGBTQ+”, “noir”, “genre” ou des références à des minorités raciales était ainsi condamné. Les procès commencent seulement. Les procès de l’abjecte bêtise.

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Génies précoces

Elle rappelle la préhistoire des dotcom, cette mythologie des précoces créateurs de start-up confinés dans des garages au milieu de restes de pizzas rancis. The Wall Street Journal la ressuscite à l’ère de l’intelligence artificielle, en nous racontant l’histoire d’Aaru, un business de l’IA évalué aujourd’hui à 1 milliard de dollars, fondé en 2024 par Cameron Fink et Ned Koh, deux lycéens alors âgés de 18 et 19 ans, avec l’aide d’un directeur technologique de 15 ans à l’époque, le surdoué John Kessler. Aaru, grâce aux algorithmes de ses milliers d’agents d’intelligence artificielle façonnés par des données démographiques, propose de prédire la réaction des consommateurs aux nouveaux produits de McDonald’s, du géant pharmaceutique Bayer ou des boissons de Boston Beer, évitant à ses clients de recourir à de coûteux groupes tests humains ou à des sondages d’opinion d’envergure.

Leur système fonctionne aussi plutôt bien pour les élections. Leur modèle d’IA donnait, certes, Kamala Harris gagnante à l’élection de 2024, mais ses modèles se sont améliorés. En se replongeant a posteriori dans la présidentielle de 2020, Aaru est arrivé à des résultats presque similaires, avec une erreur de 0,5 % seulement.

Maintenant, j’aimerais savoir comment s’est produit ce miracle de la méritocratie technologique, comment des gamins, certes accros à la tech, ont pu soudain se passionner pour le monde féerique du marketing et des prédictions statistiques, et j’apprends, ô surprise, que l’un d’eux, Cameron Fink, est le fiston de Nick Fink, patron de haut vol de l’empire des spiritueux Constellation Brands. Le papa jure qu’il n’avait qu’une vague idée du projet des petits génies, qui ont “fermement refusé tout financement par la famille”. Et on le croit bien sûr sur parole.

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Le solaire vire à droite

Donald Trump peut toujours s’époumoner à diffamer les énergies renouvelables. Son “excursion” en Iran provoque un regain d’intérêt massif du public pour les panneaux solaires et pour les chargeurs de voitures électriques. Fast Company cite une étude d’EnergySage prouvant que les demandes d’infos sur les panneaux photovoltaïques et les installations de batteries à domicile ont augmenté respectivement de 17 % et 23 % depuis une semaine. Plus 30 % aussi pour les connexions électriques, preuve que de nombreux propriétaires de voitures hybrides entendent enfin brancher leurs véhicules sur le secteur pour se prémunir contre la hausse constante des prix à la pompe. La guerre semble accélérer une tendance de fond en faveur du solaire, en dépit du ralentissement des ventes depuis un an, dû à la campagne acharnée de la Maison-Blanche, et de la suppression des aides fiscales lancées par Joe Biden.

On apprend aussi que le sujet divise depuis peu la mouvance Maga. Selon The Washington Post, Katie Miller, influenceuse patentée et épouse de Stephen Miller, l’une des figures les plus extrémistes de la Maison-Blanche, avait commencé, avant la fermeture du détroit d’Ormuz, à militer sur X en faveur du solaire. Explication politique la plus probable : la grogne des électeurs ruraux favorables à Trump contre les centres de données des géants de l’IA, qui renchérissent leurs factures d’électricité. Au sein du gouvernement, le ton change aussi. Le secrétaire à l’Énergie, Chris Wright, qui considérait l’énergie propre comme un “parasite sur le réseau électrique”, admet maintenant l’utilité du solaire.



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