Le tiret cadratin, victime collatérale de l’ère de l’IA

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En français, le tiret cadratin est ce long trait qui ponctue dialogues, incises et énumérations. Dans le monde anglophone, l’em dash est un caméléon : il remplace virgules, parenthèses ou deux-points. Mais cet humble tiret est aujourd’hui accusé d’être l’un des marqueurs qui trahiraient un texte écrit par une intelligence artificielle.

Le New York Post rapporte que la génération Z, ultraconnectée, aurait repéré dans l’usage systématique du tiret cadratin une sorte de “signature” de ChatGPT. Sur les réseaux sociaux, la nouvelle s’est répandue : les étudiants sont désormais invités à bannir ce tiret de leurs copies pour ne pas éveiller les soupçons sur une rédaction automatisée.

En février, on pouvait lire sur X : “Dans un texte, les tirets cadratins sont relativement rares lorsqu’ils sont utilisés par un humain, peut-être une ou deux fois, voire moins. Mais les chatbots IA adorent les utiliser.”

Bloomberg s’est penché sur ce phénomène, et note que le tiret cadratin devient un terrain de bataille dans la lutte pour démêler le vrai du faux. Pour certains, ce tiret long est même devenu un “trait d’union ChatGPT”. Un conseil est devenu viral : éviter le tiret cadratin pour ne pas être pris pour un bot.

“L’IA m’a volé le tiret cadratin”

The Washington Post a interrogé Laurentia Romaniuk, membre de l’équipe de modélisation comportementale d’OpenAI, qui reconnaît que ChatGPT “peut avoir tendance à privilégier les tirets”, mais insiste : ce n’est pas une règle fixe. L’IA, explique-t-elle, reproduit surtout les styles qu’on lui demande d’imiter.

Pour Aileen Gallagher, professeure de journalisme à l’université de Syracuse, réduire le tiret cadratin à un simple “indice d’écriture automatisée” est une grave erreur :

“Le tiret cadratin est une gourmandise littéraire, un outil puissant et subtil.”

Même son de cloche pour Moniza Hossain, autrice de livres pour enfants établie en Grande-Bretagne, qui confie au Washington Post avoir elle-même évité le tiret dans une proposition récente pour un nouveau roman, de peur que son éditeur n’y voie la patte de l’IA. “L’IA m’a volé mon tiret cadratin, c’est terrible”, ironise-t-elle.

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Héritage littéraire anglo-saxon

Les modèles de langage comme ChatGPT, nourris de vastes corpus essentiellement en anglais, reproduisent mécaniquement les usages qui y sont dominants. Sur Reddit, les utilisateurs témoignent : même en demandant explicitement à l’IA d’éviter le tiret cadratin, celui-ci finit par réapparaître.

Loin d’être un signe d’artificialité, ce tiret long est avant tout le reflet d’une tradition stylistique anglo-saxonne transposée dans le texte généré. C’est donc par mimétisme, et non par choix créatif, que l’IA en use.

Au-delà du tiret lui-même, ce débat illustre l’un des peurs majeures de notre époque numérique : notre difficulté croissante à distinguer la création humaine de celle des algorithmes, et la fragilité des critères que nous utilisons pour certifier l’authenticité de la première.

Alors, que faire ? Faut-il proscrire le tiret cadratin pour prouver que l’on est bien humain ou plutôt lui rendre sa juste valeur, celle d’un tiret qui en dit long, mais surtout celle d’une écriture exigeante ?

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