La mort d’Alex Pretti “expose des fissures” dans le camp républicain

La mort d’Alex Pretti, 37 ans, “a exposé de nouvelles fissures dans l’unité du parti républicain”, observe le New York Times. Des élus s’inquiètent des “réactions négatives potentielles face aux tactiques violentes de l’administration Trump dans sa répression de l’immigration”, explique le quotidien. Le Times constate que si plusieurs républicains ont “défendu vigoureusement l’administration et blâmé la mort d’Alex Pretti, un citoyen américain, sur des forces de la gauche qui s’opposent aux politiques du président Trump”, d’autres “sont restés silencieux et certains, au centre comme au sein de la droite dure, ont fait part de leurs préoccupations, dévoilant un rare début de dissension sur un meurtre commis en plein jour et filmé par des témoins”.
Mike Johnson, leader des républicains à la Chambre des représentants, n’avait toujours pas communiqué dimanche en fin de journée par exemple. Son confrère James Comer, du Kentucky, un soutien fidèle du président, a suggéré d’évacuer les agents d’ICE, la police de l’immigration, de Minneapolis. Sur les réseaux sociaux, le député texan Michael McCaul, un ancien procureur cité par The Hill, s’est dit “troublé” par les événements récents et a été jusqu’à appeler à une enquête “à la fois pour faire toute la lumière sur l’incident et pour maintenir la confiance des Américains dans notre système de justice”. Un moyen “d’éviter toute escalade”. Sur CNN, Kevin Stitt, le gouverneur de l’Oklahoma, un État conservateur, a déploré “une vraie tragédie”, notant que “les Américains n’aiment pas ce qu’ils voient en ce moment à la télévision”.
Politico signale que le nombre de républicains à émettre des réserves sur l’actuelle politique de l’administration est faible “mais grandissant” et que ces critiques, “aussi douces et ambiguës soient-elles”, traduisent ce que des républicains répètent en privé à la Maison Blanche depuis des mois, à savoir que “les opérations de ICE passent mal dans certaines poches du pays”. Selon le site spécialisé dans les affaires de Washington, certains se plaignent par ailleurs du “manque d’orientation venant de l’administration Trump” dans l’approche à adopter face à la mort d’Alex Pretti. Ils disent être mieux informés sur la tempête en cours dans une grande partie du pays que sur la situation à Minneapolis.
“La stratégie de crise de Trump vacille”, estime le Los Angeles Times. Cette stratégie consiste normalement à “projeter persévérance et ténacité face à des faits dérangeants”, précise le journal californien. Mais “malgré ces efforts”, les tensions “créent un danger politique pour le président”. Sa gestion de l’immigration, pourtant jusqu’ici “l’une de ses forces dans les sondages” sur son deuxième mandat, est désormais contestée pour sa dureté par un tiers des électeurs républicains, pointe le L.A Times. Les élections de mi-mandat se tiendront en novembre prochain.
“Débâcle morale et politique”
NBC News remarque qu’“une guerre des mots sur des croyances profondément ancrées a surgi à droite”. La chaîne fait référence au deuxième amendement et au port d’armes. Kristi Noem, la ministre de la sécurité intérieure, Kash Patel, le directeur du FBI, ou Scott Bessent, le secrétaire au Trésor, ont fait allusion au fait qu’Alex Pretti était armé lors de son interaction avec ICE. “En quelques instants, la mort de Pretti a opposé des sympathisants de Trump, y compris des membres de son administration, à des générations d’orthodoxie conservatrice sur le second amendement”, commente NBC News.
La NRA, le lobby pro-armes, a vite demandé de ne pas “diaboliser les citoyens respectueux de la loi” sachant que l’infirmier de 37 ans avait un permis pour son arme. L’organisation s’est toutefois abstenue d’attaquer l’administration Trump “directement”, insiste NBC. Elle a plutôt mis en cause la rhétorique de Tim Walz, le gouverneur démocrate du Minnesota, et d’autres “politiciens radicaux progressistes” qui auraient “incité à la violence contre les forces de l’ordre”.
Mais même le Wall Street Journal, quotidien marqué à droite, juge dans un éditorial qu’il est “temps pour ICE de marquer une pause à Minneapolis” et que la mort d’Alex Pretti “est le pire incident à ce jour dans ce qui devient une débâcle morale et politique pour la présidence Trump”. Le WSJ dénonce notamment la déformation des faits opérée par Kristi Noem ou Stephen Miller, proche conseiller de Donald Trump, accusant la victime d’être un “terroriste”.
Alors le Washington Post considère que la mort “injuste” d’Alex Pretti “marque un tournant dans le deuxième mandat du président Donald Trump”, clamant que sa campagne d’expulsions de masse “a laissé les citoyens américains dans un état de colère et d’insécurité”. Le quotidien espère que “les sénateurs républicains horrifiés” par les tactiques de ICE accepteront un compromis avec les démocrates. “Si Trump ne change pas de cap de son propre chef, est-ce que les républicains du Congrès peuvent le sauver de lui-même ? ”, s’interroge le Post.