Apprendre de l’architecture d’hier pour s’adapter au monde de demain

“De nombreuses disciplines s’occupent depuis longtemps de limiter les dégâts, mais il est désormais temps de mettre l’accent sur l’adaptation. Et l’architecture est la seule discipline capable de proposer des solutions intelligentes pour répondre à un monde en mutation”, déclarait Carlo Ratti en mars dernier au journal allemand Die Welt. Cet architecte italien était interrogé en sa qualité de commissaire de la Biennale d’architecture de Venise 2025, laquelle s’est intéressée aux défis de l’architecture face au dérèglement climatique.
Partout dans le monde fleurissent déjà de nouveaux édifices nés de la réflexion d’architectes sur la façon d’habiter un monde en surchauffe et soumis à des catastrophes plus fréquentes et plus intenses. Construire autrement est une question de forme – à quoi doivent ressembler les constructions ? – et de fond – à partir de quelles matières ? Pour le Suisse Philippe Rahm, pionnier de l’architecture climatique, il faut “replacer la physique de l’air, de la lumière et des matériaux au cœur du projet architectural”, rappelle Le Temps. Une approche qui n’est pas nouvelle, souligne le journal helvète : “Elle s’inspire de traditions millénaires, qu’il s’agisse des maisons troglodytes, des coupoles italiennes ou des ruelles orientées en fonction du vent dans les médinas.”
Dans la région des Sundarbans, Udit Mittal, un architecte originaire de Calcutta, a conçu des habitations très bon marché capables de résister aux cyclones, avec des matériaux locaux comme la brique, le bambou, la terre et le chaume. La forme de ces bâtiments, surélevés pour éviter d’être inondés, doit sa singularité à leurs fondations qui rappellent les racines des palétuviers des mangroves et à son toit arrondi. Celui-ci, “en forme de do-chala qui s’inspire de l’architecture traditionnelle du Bengale”, résiste aux vents des cyclones qui balaient régulièrement la région à plus de 180 km/h, détaille le quotidien indien The Telegraph.
L’architecte sénégalaise Nzinga Mboup “privilégie l’utilisation de matériaux locaux et traditionnels, comme la terre rouge et le bois, pour créer des bâtiments adaptés au climat et à la culture africaine” pour une autre raison, rapporte la Deutsche Welle. L’architecte n’est que trop consciente des émissions pharaoniques en gaz à effet de serre du secteur de la construction. L’important pour elle est notamment de se défaire du béton. Son projet phare est un immeuble résidentiel à Dakar avec des façades en briques d’argile et bénéficiant d’une ventilation naturelle.
S’inspirer de techniques ancestrales ou voyager pour acquérir des savoirs spécifiques a toujours fait partie de la formation des architectes. Et encore aujourd’hui, de cette démarche dépendra en partie notre capacité d’adaptation. À l’instar de l’architecte de La Nouvelle-Orléans David Waggonner qui, depuis le passage de l’ouragan Katrina en 2005, raconte Inside Climate News, est à l’origine de programmes de formation aux Pays-Bas pour apprendre à vivre avec l’eau.
En bref
Les manchots se reproduisent plus tôt
En Antarctique, la saison de reproduction des manchots est drastiquement avancée, relève une étude publiée dans le Journal of Animal Ecology. Le suivi de 37 colonies entre 2012 et 2022 a permis d’observer que les manchots se reproduisent treize jours plus tôt en moyenne sur dix ans, sans doute en réponse au réchauffement climatique. L’une des chercheuses ayant contribué à l’étude, Fiona Jones, explique au média australien ABC : “Les manchots étant des sentinelles du changement climatique, ces résultats ont des incidences pour d’autres espèces sur toute la planète.” Pour en savoir plus, c’est ici.
Taxer la viande sans privilège
L’impact environnemental de la consommation de viande pourrait être rapidement réduit si la TVA était complètement appliquée. C’est la conclusion d’une étude parue cette semaine dans Nature Food, pour laquelle les chercheurs ont évalué les politiques des États membres de l’Union européenne en matière de taxation des produits alimentaires. À l’heure actuelle, 22 des 27 pays de l’UE appliquent des taxes réduites sur la viande, par rapport au taux général de TVA, alors même que les produits d’origine animale représentent la part la plus importante de l’empreinte écologique liée à l’alimentation des ménages. Ils sont notamment responsables de plus de 25 % des émissions de gaz à effet de serre. The Guardian détaille : “Si les gouvernements de l’UE réduisaient les privilèges de la viande en matière de TVA, l’étude calcule que les dommages causés à l’environnement par la consommation alimentaire seraient réduits de 3,48 % à 5,7 %.”
Le Kamtchatka enseveli sous la neige
“C’est un véritable blocus de neige” que subit depuis le 12 janvier Petropavlovsk-Kamtchatski, la capitale régionale du Kamtchatka, à l’extrême est de la Russie, explique Komsomolskaïa Pravda. Dans cette ville portuaire située à 6 700 kilomètres de Moscou, “des murs blancs bordent les rues étroites, le transport public est à l’arrêt, les sirènes hurlent”, au point qu’“on se croirait dans un film apocalyptique”, poursuit le tabloïd russe. Ces chutes de neige sont les plus extrêmes enregistrées depuis 1970. Pour en savoir plus, c’est ici.
À relire
Vous venez de lire l’édition no 126 de Climatiques.