Plaidoyer pour renverser le président vénézuélien, Nicolás Maduro

Le 14 novembre dernier, Donald Trump a déclaré qu’il avait “plus ou moins” pris sa décision quant à ses plans concernant le Venezuela, mais qu’il ne pouvait “pas [n]ous dire ce que ça va être”. Avec un groupe aéronaval [une flotte de guerre articulée autour d’un porte-avions] et environ 15 000 militaires américains déployés dans la région, on a peine à croire que le président va finalement choisir de faire marche arrière et de les renvoyer chez eux.
J’ai déjà appelé sans détour le gouvernement à intervenir contre la dictature de Nicolás Maduro à Caracas – en janvier, j’ai publié une chronique intitulée “Renversez Maduro”. Alors que la perspective d’une guerre se rapproche, il est utile de rappeler pourquoi elle serait justifiée – et d’étudier comment elle pourrait mal tourner. Revenons-y point par point.
Des intérêts américains vitaux sont-ils en jeu ?
Oui, et ils vont au-delà de la question de la drogue sans cesse évoquée par le gouvernement.
Non qu’il y ait quelque raison de douter que le régime vénézuélien soit fondamentalement impliqué dans le narcotrafic, même si l’on peut se demander si Maduro se trouve à la tête d’un véritable cartel. L’analyse la plus prudente que je connaisse, un rapport du centre d’études sur le crime organisé InSight Crime datant de 2022, souligne que le président vénézuélien et ses sbires ont “essentiellement pour rôle” de “veiller à ce que le système du narcotrafic fonctionne au profit du régime en confiant des postes politiques et militaires stratégiques à des séides corrompus et loyaux”.
Contexte Trump entre pourparlers et confrontation
Le président Trump “a approuvé des mesures supplémentaires pour faire pression sur le Venezuela et préparer une éventuelle campagne militaire à plus grande échelle”, selon des sources du New York Times. Des opérations sous couverture de la CIA, vraisemblablement destinées à “préparer le terrain” pour des bombardements, ont été autorisées, a rapporté le quotidien new-yorkais mardi 18 novembre. Toutefois, Trump a aussi donné son feu vert à “un nouveau cycle de négociations par des canaux officieux”. Lors de pourparlers antérieurs, “Nicolás Maduro a fait savoir qu’il était prêt à offrir un accès aux richesses pétrolières de son pays aux compagnies d’hydrocarbures américaines” et même à céder le pouvoir à une échéance de deux à trois ans. On ignore si Trump, très intéressé par le pétrole vénézuélien, pourrait se satisfaire d’un tel marché. Le président a déclaré le 17 novembre qu’il serait prêt à parler avec son homologue au Venezuela, tout en refusant d’exclure l’envoi de troupes au sol.
Mais le régime de Maduro représente un autre défi, plus important, à savoir qu’il est à la fois un importateur et un exportateur d’instabilité. Un importateur, parce que les liens économiques et stratégiques qui unissent étroitement le régime de Caracas et la Chine, la Russie et l’Iran assurent une tête de pont non négligeable en Amérique latine aux ennemis des États-Unis – que Téhéran pourrait exploiter pour produire des drones kamikazes. Un exportateur, parce que la mauvaise gestion catastrophique du régime a provoqué un exode massif de réfugiés et de migrants – près de 8 millions jusqu’à présent –, avec des résultats désastreux dans toute la région. Ces deux tendances se poursuivront tant que le régime restera en place.
Existe-t-il des solutions viables autres qu’un conflit ?
Durant le premier mandat de Trump, les sanctions économiques ont fonctionné aussi bien qu’elles le font en général – elles ont aggravé les conditions de vie des gens de la rue et ont en même temps donné au régime la possibilité de consolider son pouvoir en renforçant son contrôle sur des produits de première nécessité toujours plus rares.
Le gouvernement de Joe Biden a tenté de jouer la carte de la détente en allégeant une partie des sanctions, tout cela pour les réimposer après avoir conclu que Maduro n’avait pas tenu ses promesses de réformes démocratiques. Les élections de l’an dernier, remportées haut la main par l’opposition, ont été le théâtre d’une fraude à grande échelle. María Corina Machado, leader de l’opposition et lauréate du prix Nobel de la paix de cette année, vit dans la clandestinité.
Ce qui laisse potentiellement deux options. La première, suggérée par Maduro, serait de proposer aux États-Unis une part dans les immenses richesses en minerais du Venezuela, en lui permettant de facto, en contrepartie, de rester au pouvoir. J’ai été surpris que Trump rejette ce marché presque colonialiste.
La deuxième passe par le recours à la force afin de contraindre Maduro et ses principaux adjoints à fuir le pays, un peu comme Bachar El-Assad et ses complices l’ont fait en Syrie. Là aussi, j’ai été surpris que cela n’ait pas été le cas non plus. Du moins, pas encore. Le 16 novembre, Trump a dit qu’il envisageait la possibilité de pourparlers avec Maduro, peut-être pour rendre plus attrayante la deuxième option.
Un changement de régime se justifie-t-il sur le plan moral ?
À l’exception de la Corée du Nord, rares sont les gouvernements qui ont causé plus de souffrances à leur population que celui du Venezuela. La famine, les violences politiques, la corruption, la dislocation de la société, la violence endémique, l’effondrement du système médical, les catastrophes environnementales – la seule chose qui soit plus choquante que l’autodestruction de ce qui était autrefois un pays riche, c’est l’indifférence face au désastre, en tout cas chez les âmes charitables qui d’ordinaire se soucient tant du malheur des autres. Pourquoi Greta Thunberg n’a-t-elle pas fait voile pour Caracas avec une livraison symbolique de vivres ?
Quiconque est doué d’un sens moral digne de ce nom ne peut que souhaiter que cela prenne fin. La vraie question est de savoir si une intervention américaine ne risque pas de faire empirer les choses.
Cela pourrait-il se transformer en un fiasco de plus ?
Qui dit intervention dit guerre, et qui dit guerre dit mort : même l’opération rapide et efficace lancée en 1989 pour renverser Manuel Noriega au Panama a coûté la vie à 26 Américains et à plusieurs centaines de Panaméens. Mieux armées, les forces de Maduro pourraient opposer une vive résistance. Ou elles pourraient se replier dans l’arrière-pays, d’où elles seraient en mesure de déclencher une insurrection, peut-être en s’alliant aux narcorebelles de l’autre côté de la frontière, en Colombie.
Il est impossible d’échapper à la loi des conséquences imprévues. Mais il existe également des différences de taille entre le Venezuela et l’Irak ou la Libye. Comme la présence d’un dirigeant démocratiquement élu en la personne d’Edmundo González, qui est à même de gouverner avec une légitimité immédiate et le large soutien de l’opinion publique. Comme la répugnance manifeste de Trump à déployer des troupes américaines au sol pour quelque durée que ce soit. Et comme le fait que nous pouvons tirer les leçons de nos erreurs passées, en particulier en promettant aussitôt l’amnistie et des emplois aux soldats, policiers et fonctionnaires du régime actuel qui ne sont pas impliqués dans ses crimes.
Quels sont les risques ?
Il faut comparer les conséquences imprévues aux risques prévisibles qui découleraient de l’inaction. Si Trump recule, ou procède à des frappes limitées sur des sites liés au narcotrafic tout en permettant à Maduro d’en réchapper, le dictateur vénézuélien estimera non sans raison avoir remporté une victoire et en sortira conforté. Les États-Unis n’auront réussi qu’à renforcer sa volonté de se maintenir au pouvoir plutôt que d’y renoncer.
En outre, l’hésitation de Trump sera interprétée, surtout à Moscou et à Pékin, comme un signe évident de faiblesse qui ne pourra que les encourager, tout comme l’avait fait le retrait d’Afghanistan décidé par le président Joe Biden.
Il faudrait accorder à Maduro une ultime chance de monter à bord d’un avion avec qui veut bien le suivre et ce qu’il pourra emporter, et de partir sans dommage ni poursuite – que ce soit pour La Havane, Moscou ou une autre capitale alliée.
À défaut, il mérite d’être traité comme Noriega : l’arrestation et le transfert aux États-Unis pour répondre de ses crimes, le tout s’accompagnant de la destruction des défenses antiaériennes et des capacités de commandement et de contrôle de son pays, de la prise de ses grandes bases militaires et de l’émission de mandats d’arrêt visant tous ses officiers supérieurs – avec des promesses de clémence pour ceux qui se rendront.
“Si vous commencez à prendre Vienne, prenez Vienne”, aurait dit Napoléon à l’un de ses généraux. Cela vaut aussi pour Caracas, monsieur le président.