Les figures de proue du mouvement Maga s’écharpent à l’AmericaFest

C’est en 2021 que l’influenceur ultraconservateur Charlie Kirk, assassiné en septembre dernier sur un campus universitaire de l’Utah, avait créé l’AmericaFest, un rassemblement à la gloire du mouvement Maga (“ Make America Great Again”, Rendre sa grandeur à l’Amérique) de Donald Trump.
L’édition 2025 s’est tenue à Phoenix (Arizona) de jeudi à dimanche et si “cet événement est généralement un point de ralliement pour les conservateurs”, ce sont plutôt “les divisions au sein du mouvement Maga” qui étaient “clairement visibles” cette année, constate NPR.
À la tribune, face à 31 000 participants chauffés à blanc – 10 000 de plus que lors de l’édition 2024 –, “les dirigeants conservateurs se sont mutuellement insultés, révélant de profondes divisions” sur des sujets aussi variés que “les théories du complot, l’antisémitisme ou la question de savoir qui a sa place en Amérique”, observe The New York Times.
Les hostilités ont commencé dès jeudi avec l’intervention de l’influent Ben Shapiro, cofondateur du média conservateur The Daily Wire, soutenant que le mouvement Maga était en “grave danger” à cause des “charlatans”, des “escrocs” et des “profiteurs”, rapporte Axios.
« Un cancer qui se propage »
Il s’en est pris à plusieurs figures de proue conservatrices, parmi lesquelles les animateurs Megyn Kelly et Tucker Carlson, l’influenceuse Candace Owens ou Steve Bannon, l’ancienne éminence grise de Donald Trump. La riposte ne s’est pas fait attendre, notamment de Steve Bannon, qui n’a pas hésité à qualifier Ben Shapiro de “cancer qui se propage”, selon le site.
“Cette animosité est alimentée par certaines des questions les plus explosives et non résolues auxquelles est confronté le mouvement Maga”, analyse The New York Times. Parmi celles-ci, “la résurgence de l’antisémitisme, la prévalence des théories du complot et l’émergence du concept d’‘Américains de souche’ et ce que ce concept – considéré par certains comme un message raciste à peine dissimulé – signifie pour les conservateurs non blancs”.
Cette dernière question a été abordée sans détour par l’ancien candidat à la présidence américaine Vivek Ramaswamy, qui a déploré que certaines franges de la droite soient devenues “obsédées par l’idée d’une droite fondée sur l’héritage culturel plutôt que sur des idéaux conservateurs”, pointe The Guardian.
“Je pense que l’idée d’un Américain de souche est aussi absurde que n’importe quelle proposition avancée par la gauche progressiste”, a-t-il déclaré. “Il n’y a pas d’Américain plus américain qu’un autre. C’est binaire. Soit on est Américain, soit on ne l’est pas”.
Guerre intestine
En résumé, cette AmericaFest Le rassemblement constituait un “instantané d’un mouvement puissant” englué “dans un état de discorde inhabituel, trois mois seulement après l’assassinat de M. Kirk, un communicateur efficace qui avait contribué à bâtir une large coalition au sein de laquelle les conservateurs américains de diverses tendances pouvaient coexister à l’ère Trump”, commente The New York Times.
Pour Axios, le mouvement Maga, “si uni lorsque le président Trump était en campagne et largement fédéré” par feu Charlie Kirk, est clairement “en proie à une lutte de pouvoir ouverte” dans l’optique de la présidentielle de 2028.
Un avis partagé par The Times of Israel, qui estime que “la guerre intestine qui couve au sein du mouvement Maga” porte avant tout sur “la question de savoir qui prendra les rênes lorsque Trump se retirera”.
Personne n’a encore officiellement déclaré sa candidature à l’investiture républicaine pour l’élection présidentielle de 2028, “mais plusieurs noms circulent parmi les prétendants au trône”, ajoute le quotidien israélien. Parmi eux figurent le nationaliste blanc Nick Fuentes et l’ultraconservatrice Marjorie Taylor Greene, “qui a pris ses distances avec Trump le mois dernier”, affirmant qu’il avait “trahi” ses électeurs.
« Tests de pureté »
Le candidat le plus naturel – bien que non déclaré – reste le vice-président JD Vance, à qui il incombait de clôturer cette édition de l’AmeriFest, auréolé du soutien de son organisatrice Erika Kirk, la veuve de Charlie Kirk, qui a repris le flambeau de son organisation Turning Point USA.
“Nous allons faire élire l’ami de mon mari, JD Vance, en tant que 48e président, de la manière la plus retentissante possible”, avait lancé la jeune femme jeudi soir. Mais dimanche, le vice-président a surtout tenté de recoller les morceaux et de “surmonter la tempête Maga”, appelant ses alliés à “réorienter leur attention vers la lutte contre l’opposition”, constate Politico.
“Le président Trump n’a pas bâti la plus grande coalition politique en soumettant ses partisans à des tests de pureté interminables et contre-productifs”, a-t-il déclaré sous les applaudissements nourris de la foule. “Nous avons des tâches bien plus importantes à accomplir que de nous exclure mutuellement”.