Le multimilliardaire Jeff Bezos est en train de faire chavirer “The Washington Post”

L’article de la semaine
Pourquoi cet article
Cette semaine, nous nous arrêtons sur cet article d’opinion écrit par Paul Waldman pour le blog en ligne The Cross Section hébergé par la plateforme Substack. Cet ancien journaliste du Washington Post y dénonce les licenciements massifs et la ligne éditoriale défendue par Jeff Bezos depuis le rachat du quotidien en 2013.
Il accuse notamment le patron d’Amazon d’avoir voulu orienter le journal largement à droite de l’échiquier politique pour s’attirer les faveurs du président américain Donald Trump et l’accuse ainsi d’avoir coulé le titre.
La stratégie de Jeff Bezos dénoncée dans ce blog est significative des dérives idéologiques qui touchent les grands médias depuis que des milliardaires à la recherche d’une influence politique ont mis la main sur des grands titres de presse. Un sujet abordé dans le thème sur les médias en première.
La caricature de Dave Whamond, qui illustre l’article, pourrait faire l’objet d’un document d’étude intéressant pour les élèves de première.
S’il ne fallait retenir qu’une citation
“Les manœuvres répugnantes de Bezos pour s’attirer les bonnes grâces du président Trump ont particulièrement souillé le journal.”
Cette déclaration de Marty Baron, le dirigeant du Washington Post jusqu’en 2021, est l’une des très nombreuses critiques émises par d’anciens collaborateurs du quotidien, qui dénoncent le virage idéologique imposé par Jeff Bezos qui a entraîné une chute massive des ventes du journal.
Le 4 février 2026, le président d’Amazon a décidé de licencier 800 journalistes, soit un tiers des effectifs. L’annonce a été faite lors d’une réunion sur Zoom. Les conditions de ces licenciements ont été particulièrement brutales, laissant notamment beaucoup de correspondants à l’étranger dans l’obligation d’organiser eux-mêmes leur rapatriement en lançant par exemple des cagnottes en ligne.
Pourtant, ce quotidien est réputé pour son sérieux et il a grandement participé à l’histoire de la presse en publiant les Pentagon Papers, qui ont œuvré à faire changer l’opinion publique sur la guerre au Vietnam ou en révélant le scandale du Watergate, ce qui a poussé Nixon à la démission. À cette époque la presse était réellement “un quatrième pouvoir” capable de mener des investigations poussées et de révéler des scandales au cœur du pouvoir.
Ce temps semble aujourd’hui révolu tant il est évident que Jeff Bezos fait au contraire tout pour plaire au maître de la Maison-Blanche, en censurant des éditos ou des dessins jugés trop critiques, ou en supprimant, par exemple, le service consacré au changement climatique.
Dans son article, Paul Waldman imagine que, dans dix ans, le Washington Post ne sera plus qu’un média zombie ne produisant plus aucun travail d’investigation. Cette expression fait certainement référence à un article publié par The Atlantic qui dénonce la démocratie zombie sous Donald Trump et que nous avions analysé dans une précédente newsletter.
Pour beaucoup, les difficultés financières que rencontre le Washington Post sont clairement liées à la nouvelle ligne éditoriale imposée par le magnat de la presse qu’est devenu Jeff Bezos. Les abonnements à la version papier du journal n’ont jamais été aussi bas. Le journaliste estime que depuis que Jeff Bezos a volontairement “torpillé” la campagne de Kamala Harris pour soutenir Trump, un grand nombre de fidèles du journal ont résilié leur abonnement.
Cette mainmise de grands milliardaires sur les médias pose un réel problème démocratique et remet en cause l’indépendance des journaux et des chaînes de télévision. On pense bien sûr à l’empire médiatique de Rupert Murdoch, mais aussi à l’influence grandissante en France de Vincent Bolloré, propriétaire de la chaîne CNews, dont les contenus sont ouvertement orientés vers l’extrême droite.
Pour aller plus loin
Nous vous proposons d’autres liens d’articles qui reviennent sur la stratégie menée par Jeff Bezos pour imposer sa ligne éditoriale au Washington Post.
- Cet article du Guardian de l’année dernière qui explique la façon dont le multimilliardaire influence les pages opinion du journal.
- Cette interview de la dessinatrice attitrée du journal américain, Ann Telnaes, qui a décidé de démissionner face à la censure imposée par Jeff Bezos.
- Cette revue de presse qui reprend les principales déclarations des journalistes licenciés du Washington Post dans la presse américaine.
Et ce qu’il ne fallait pas rater non plus cette semaine
Les élèves de terminale qui travaillent l’axe conclusif du thème sur l’environnement devraient consulter cette revue de presse qui montre comment l’administration Trump détricote totalement la réglementation fédérale en matière d’émissions des gaz à effet de serre.