L’énergie renouvelable se stocke, et ça change tout

On ne peut pas compter sur elles ! Voilà le procès fait aux énergies renouvelables, avec une bonne dose de mauvaise foi. Pourquoi défigurer le paysage avec des éoliennes qui ne tournent plus dès que le vent tombe ou des panneaux photovoltaïques qui s’endorment au crépuscule ? Pourquoi investir des millions dans des technologies qui, contrairement aux bonnes vieilles centrales nucléaires ou à combustible fossile, sont incapables de nous fournir du courant 24 heures sur 24 ?
L’argument, déjà discutable au vu du grand nombre d’éoliennes et de panneaux solaires répartis un peu partout, est en passe d’être définitivement balayé par le déploiement à grande échelle des mégabatteries “stationnaires” – des rangées de conteneurs remplis d’accumulateurs lithium-ion qui stockent l’énergie lors des pics de production et la restituent en période de forte demande. Alors que, pour la première fois, les énergies renouvelables ont produit plus d’électricité en 2025 que toutes les énergies fossiles en Europe, une autre révolution silencieuse est en marche : celle du stockage de l’énergie. Dans les stratégies de réduction des émissions de gaz à effet de serre, “les batteries changent la donne sous nos yeux”, a ainsi constaté Fatih Birol, le patron de l’Agence internationale de l’énergie.
Un bouleversement comparable, selon certains, à “une révolution agricole” : l’électricité est “un bien périssable par excellence” dont les batteries peuvent libérer le potentiel, tout comme “les silos à grains ont stabilisé les récoltes et la réfrigération a permis de conserver les aliments frais”, explique un analyste du centre de réflexion Ember dans le Financial Times.
L’année dernière a marqué un tournant historique, selon le cabinet Rystad Energy : la capacité mondiale des batteries stationnaires a dépassé 250 gigawatts, surpassant pour la première fois celle des réservoirs de stockage hydraulique. “Des contrées ensoleillées comme l’Australie, la Chine, la Californie et le Texas installent des batteries en masse”, confirme Le Devoir. Une vraie “déferlante”, alors qu’“en 2021 il n’y avait presque pas de stockage par batteries dans le monde”, ajoute le quotidien québécois, dont nous avons repris l’article sur notre site.
En 2022, il n’existait sur la planète qu’“une seule installation de l’ordre du gigawatt – ayant une capacité d’au moins 1 gigawattheure et capable d’alimenter l’équivalent de 3 millions de foyers britanniques pendant une heure. Aujourd’hui, on en compte 42”, complète le Financial Times. Et cinq fois plus de mégaprojets devraient voir le jour d’ici à l’an prochain au Royaume-Uni, aux Pays-Bas, au Chili ou encore aux Philippines.
Cette accélération s’explique largement par la baisse du prix des batteries (− 24 % en 2024, probablement autant en 2025, selon Le Devoir), une dégringolade nourrie par la Chine, le leader du marché, qui brade à tout va. Une bonne nouvelle ? Ça dépend pour qui. Pour des industriels comme Voltfang, une start-up allemande qui récupère des batteries usagées de voitures électriques pour en faire des systèmes de stockage stationnaire, cela pourrait être catastrophique. Si les prix des accumulateurs neufs continuent de s’effondrer, c’est toute la jeune filière du reconditionnement qui ne pourra pas rivaliser.
En bref
Le chikungunya en Europe
Selon une étude relayée par The Guardian, davantage d’endroits en Europe, et sur des périodes plus longues, pourraient être concernés par des épidémies de chikungunya, une maladie pourtant tropicale. Ses auteurs ont découvert que le virus chikungunya n’avait besoin, pour survivre et se développer dans le moustique tigre, que d’une température minimale comprise entre 13 et 14 °C, soit environ deux degrés de moins qu’imaginé jusqu’à présent. Pour en savoir plus, c’est ici.
Des centres de données au gaz naturel, la fausse bonne idée
“Près de la moitié des centrales [électriques fonctionnant au gaz naturel] en construction au Texas fourniront exclusivement des centres de données”, révèle Grist. Le gaz naturel pour répondre aux besoins gigantesques en électricité des data centers, c’est une fausse bonne idée, car nocive pour le climat, comme le dénonce le site américain. Pour en savoir plus, c’est ici.
Il n’en finit plus de pleuvoir au Royaume-Uni
Depuis le début de l’année, le Royaume-Uni enchaîne les épisodes pluvieux exceptionnels. “À Exeter, dans le sud-ouest de l’Angleterre, la station météorologique de l’aéroport local a, par exemple, recensé des précipitations chaque jour de 2026”, relayait The Times le 7 février. Et dans le sud du pays, le niveau de précipitation se situe entre 56 % et 88 % au-dessus de la moyenne à long terme. La faute à un phénomène de “blocage” qui a coincé une dépression au-dessus des îles britanniques. Au vu des tendances actuelles, les hivers exceptionnellement pluvieux pourraient se produire une fois tous les vingt ans plutôt qu’une fois tous les quatre-vingts ans. Pour en savoir plus, c’est ici.
À relire
Vous venez de lire l’édition no 130 de Climatiques.