Il est temps de repenser les JO d’hiver

“Les Jeux olympiques d’hiver compromettent l’avenir des sports d’hiver.” Ce paradoxe, Serena Tarabini, du quotidien italien Il Manifesto, n’est pas la seule à le souligner. À quelques jours de la cérémonie d’ouverture des Jeux de Milan-Cortina, le 6 février, une coalition d’ONG a présenté les conclusions de son évaluation de l’impact sur le climat du plus gros événement sportif de la saison : il devrait être responsable de l’émission d’environ 930 000 tonnes d’équivalent CO2. Soit à peu près autant que ce que cracherait une voiture thermique parcourant 107 fois le tour de la terre.
Pas si énorme que ça, vous dites-vous ? Ce surplus de gaz à effet de serre dans l’atmosphère pourrait cependant entraîner la disparition de 2,3 km² de couverture neigeuse et une réduction des glaciers d’environ 14 millions de tonnes, estiment les auteurs du rapport. En d’autres termes, les Jeux d’hiver mettent en péril la neige dont ils dépendent. Surtout, ce chiffre est fondé sur les données officielles des organisateurs, qui ne tiennent pas compte des émissions liées aux sponsors. Or, relève le rapport, parmi les principaux financeurs de ces JO 2026, on trouve un géant pétrolier (ENI), un constructeur automobile (Stellantis) et une compagnie d’aviation (ITA). Pas des enfants de chœur en matière de gaz à effet de serre. Les auteurs estiment à 1,3 million de tonnes d’équivalent CO2 les émissions supplémentaires qui pourraient découler de l’accroissement des ventes de produits et services de ces trois entreprises, à la suite des Jeux olympiques.
Tout n’est cependant pas noir, veut croire Stuart Parkinson, climatologue et directeur de Scientists for Global Responsibility, l’une des ONG à l’origine de cette évaluation. Au quotidien suisse Le Temps, il affirme : “Cela signifie aussi que les sports d’hiver peuvent faire partie de la solution, en faisant le ménage dans leurs pratiques et en laissant tomber les sponsors polluants.”
Reste que limiter l’impact des Jeux d’hiver sur le réchauffement de la planète n’est pas suffisant. Il va falloir s’y adapter. En puisant dans les 18 options récemment proposées par des chercheurs, par exemple programmer les jeux plus tôt dans la saison, les organiser dans des villes hôtes au climat plus froid ou même sur plusieurs sites simultanément. Le stockage de la poudreuse tombée les hivers précédant l’événement fait également partie des solutions envisagées. Quant à la neige artificielle, qui accapare des millions de mètres cubes d’eau, il semblerait qu’on ne puisse plus s’en passer. “Le recours à la neige artificielle à Pékin et lors d’autres Jeux récents a été critiqué, mais y renoncer n’est pas plus réaliste que de mettre à l’extérieur le hockey, le patinage artistique et le curling, insiste Daniel Scott, l’un des auteurs de l’étude ayant conduit à ces propositions d’adaptation. Ne plus l’utiliser créerait plus souvent des conditions injustes et dangereuses pour les athlètes, aboutirait à des annulations de compétitions et, finalement, on se retrouverait avec des Jeux d’hiver sans aucun sport.”
Et si c’était ça, la solution ?
J’entends déjà les cris d’orfraie de ceux pour qui cet événement sportif est un moment de répit et de joie au cœur d’une actualité brutale ou de ceux, résidents des montagnes, qui en dépendent économiquement. Alors soyons créatifs, imaginons des disciplines nouvelles, adaptées aux conditions climatiques réelles, pour des Jeux plus respectueux de l’environnement. Et vive le ski-roues !
En bref
L’éolien se développe en mer du Nord
La “déclaration de Hambourg” signée le 26 janvier engage neuf pays européens dans la construction d’un parc éolien offshore d’une puissance de 100 gigawatts d’ici à 2050, soit la capacité de production d’électricité du Royaume-Uni. L’Europe a ainsi saisi “l’occasion d’affirmer son indépendance vis-à-vis des États-Unis en choisissant l’énergie que le président Trump déteste le plus”, relève Politico. Cet accord a été paraphé par l’Allemagne, la Belgique, le Danemark, la France, l’Irlande, l’Islande, le Luxembourg, la Norvège, les Pays-Bas et le Royaume-Uni. Pour en savoir plus, c’est ici.
Les énergies fossiles détrônées en Europe
“Les éoliennes et les panneaux photovoltaïques ont fourni 30 % de l’électricité de l’Union européenne en 2025”, rapporte The Guardian, contre 29 % pour le pétrole, le gaz et le charbon. Une véritable première, portée par “l’essor du solaire, qui a atteint un record de 13 % de la production d’électricité de l’Union européenne”. Parmi les 27 États membres, le Danemark est en tête, avec 71 % d’électricité d’origine solaire et éolienne. Pour en savoir plus, c’est ici.
Le climat mauvais des éditoriaux britanniques
En 2025, les médias au Royaume-Uni ont publié bien plus d’éditoriaux dénonçant la lutte contre la crise du climat que la défendant. C’est ce qui ressort de l’analyse faite par Carbon Brief de quelque 1 300 éditoriaux écrits au cours des quinze dernières années. “En 2025, une centaine d’éditoriaux de la presse britannique ont exprimé leur opposition à la lutte contre le dérèglement climatique, soit plus du double des éditoriaux favorables à la cause climatique”, résume ce média anglais spécialisé dans les questions climatiques. Il l’explique comme le reflet du “virage significatif de la droite” au Royaume-Uni sur la question. Pour en savoir plus, c’est ici.
À relire
Vous venez de lire l’édition n° 127 de Climatiques.