Ces Japonais qui créent un biotope dans leur jardin pour abriter la vie sauvage

Dans la banlieue tokyoïte subsistent des grenouilles et des lézards en voie de disparition. Non pas enfermés dans un vivarium, mais en liberté dans le jardin d’un particulier, qui a créé un biotope favorable en creusant un étang et en cultivant des plantes.
Son propriétaire, Ienobu Otabe, 61 ans, aime les créatures aquatiques depuis son enfance passée non loin d’un étang plein de grenouilles. Il y a quarante ans, son jeune frère et lui en ont créé un dans leur jardin, dans l’espoir que les batraciens y éliraient domicile. Pari gagné.
Le bassin de leur enfance, situé à une quinzaine de kilomètres à vol d’oiseau à l’ouest de la gare JR [Japan Railways] de Shinjuku [centre économique de Tokyo], a disparu avec la transformation de cette zone en quartier résidentiel. Des espèces fragiles comme la grenouille rousse du Japon [Rana japonica] et le lézard japonais [Takydromus tachydromoides] qui le peuplaient doivent désormais leur survie au jardin d’Ienobu Otabe.
Il travaille à son jardin depuis 2022, en s’efforçant de le rendre aussi beau qu’agréable pour ses résidents, aménageant de petits abris où ils peuvent se cacher et dormir, comme des tuyaux en terre cuite et des petits tas de copeaux de bois.
En octobre 2023, le ministère de l’Environnement a certifié le jardin “Site de symbiose avec la nature”, le reconnaissant comme lieu de préservation de la biodiversité. Actuellement, 328 sites bénéficient de cette certification à travers le pays, la plupart appartenant à des entreprises.
Une passion écologique
“Je le fais simplement parce que ça me fait plaisir”, commente Ienobu Otabe, qui prévoit d’organiser une exposition de photos de son jardin dans le voisinage en vue de partager sa passion avec le plus grand nombre.
Le mot “biotope” désigne le milieu naturel dans lequel vivent les espèces indigènes d’une région donnée. Le terme, apparu en Allemagne, pays avancé sur les questions environnementales, a été introduit au Japon par des chercheurs et des organisations écologiques privées à la fin des années 1980.
Le concept est souvent associé aux zones humides, bien qu’il recouvre des milieux très variés, par exemple les prairies et les bois. Mais nombre d’amateurs sont tentés par la création d’un espace aquatique, qui permet de réunir facilement un grand nombre d’espèces animales.
En quête d’un environnement plus favorable à la création, Yasuko Aiko, 36 ans, designer et artiste teinturière qui dirige avec son mari l’entreprise Aiko Arts and Crafts, a quitté Tokyo pour Nakano, dans le nord de la préfecture de Nagano. Se rappelant sa passion d’enfance pour les animaux, elle a créé avec son compagnon une mare d’environ 2 mètres carrés dans leur jardin en mai 2023. Une façon aussi de profiter pleinement de sa nouvelle vie à la campagne.
Elle y a placé des plantes aquatiques provenant d’un cours d’eau voisin et lâché des médakas [Oryzias latipes, poisson des rizières]. Dès le lendemain du remplissage de la mare, des Gerris [punaises d’eau] sont apparus à la surface. On peut ici observer tout le cycle de reproduction des libellules : les œufs pondus sur l’eau donnent naissance aux larves qui finissent par se métamorphoser.
Apprécier le cycle de la nature
La beauté des libellules tout juste écloses a profondément marqué Yasuko Aiko. Si elle remarque des insectes qu’elle n’avait jamais vus, elle les prend en photo et se renseigne sur leur nom. Elle confie :
“Je ne m’en lasse pas. Chaque jour apporte de nouvelles découvertes.”
Il n’est pas nécessaire de posséder un grand jardin pour créer un biotope. Aimi Okuyama vit dans un quartier résidentiel de la préfecture de Chiba [à l’est de Tokyo]. Au début de l’été 2023, elle a rempli de terre, d’eau et de plantes aquatiques des torobune, des