À Istanbul, un nouveau “rassemblement massif” pour contester l’emprisonnement du maire

Les manifestations “qui secouent la Turquie depuis dix jours” ne faiblissent pas, constate le correspondant à Istanbul du journal espagnol El País, Andrés Mourenza. Ce samedi 29 mars, des “centaines de milliers” de personnes se sont rassemblées à la mi-journée dans la ville traversée par le Bosphore, rapporte le quotidien britannique The Guardian.
Un “rassemblement massif”, à l’appel du principal parti d’opposition, le Parti républicain du peuple (CHP), pour “réclamer la libération du maire d’Istanbul, Ekrem Imamoglu”, enchaîne Hürriyet Daily News, version anglophone du journal turc Hurriyet. Imamoglu, principal rival politique du président turc Recep Tayyip Erdogan, est accusé de “corruption” et a été arrêté le 19 mars. Depuis, les manifestations antigouvernementales se succèdent.
D’après Hürriyet Daily News, “l’un des moments forts” du rassemblement de samedi a été “un discours prononcé par une intelligence artificielle”, qui a reproduit la voix d’Imamoglu. Sa famille, présente parmi la “foule nombreuse”, a pu notamment entendre ce message : “Ils peuvent essayer de m’arrêter, mais j’ai confiance en vous.”
“Plus tôt dans la semaine”, rappelle la journaliste du Guardian Ruth Michaelson, le chef du CHP, Özgür Özel, “avait mis fin aux rassemblements nocturnes devant la mairie d’Istanbul, où des centaines de milliers de personnes se rendaient, tandis que des petits groupes de manifestants se heurtaient fréquemment à la police”.
“Ça suffit !”
Les récents rassemblements ont attiré des citoyens “de tous âges”, remarque El País, “mais ce sont les jeunes qui se distinguent. En plus de répondre aux appels du CHP, […] ils organisent leurs propres actes”. D’après le quotidien madrilène de centre gauche, cette jeunesse incarne “une génération qui n’a connu d’autre gouvernement que celui d’Erdogan, lui qui est arrivé au pouvoir en 2003 et qui ne l’a pas quitté depuis”. Selon le journal, elle a décidé de dire : “Ça suffit !”
“Les autorités turques ont arrêté 1 900 personnes [dont des journalistes] au cours des dix jours qui ont suivi l’arrestation d’Imagoglu”, indique The Guardian. L’opposant âgé de 53 ans “a été démis de ses fonctions par le ministère de l’Intérieur turc et envoyé dans un centre de détention de haute sécurité à la périphérie d’Istanbul”, ajoute le quotidien britannique de centre gauche.