Trump annule vingt ans d’efforts pour limiter les émissions

Il y a un peu plus d’un an, l’édition de Climatiques parue au lendemain de l’investiture du 47e président américain était titrée “Trump ou l’assurance du pire”. Nous ne nous étions pas trompés.
S’il s’était contenté de poster le 26 janvier dernier sur son réseau social le message suivant : “Vague de froid record attendue dans 40 États. Rarement vu ça avant. Les insurgés climatiques voudraient-ils bien nous expliquer – OÙ EST PASSÉ LE RÉCHAUFFEMENT CLIMATIQUE ???”, nous aurions pu nous contenter de rire de sa tentative de remettre une pièce dans la machine climato-sceptique. Moquer son refus obstiné de comprendre les liens entre le réchauffement de l’atmosphère et des océans de la planète et la transformation profonde de son climat.
Christopher Callahan, spécialiste en science climatique à l’université de l’Indiana, se serait contenté, lui, de se désoler dans le Time, en tant qu‘“insurgé climatique” et “fier de l’être”, de devoir “réexpliquer ça chaque hiver”, prenant tout de même le temps de rappeler pour la énième fois que “les saisons n’ont pas disparu, et [que] nous aurons encore des épisodes hivernaux quelle que soit l’évolution du changement climatique”. Et, pédagogue, de détailler : “À mesure que l’atmosphère terrestre se réchauffe, elle se charge d’humidité, ce qui entraîne une hausse des précipitations, y compris des chutes de neige.”
On aurait pu s’arrêter là. Trump aurait pu passer à côté du pire en matière d’ineptie climatique.
Mais l’hôte actuel de la Maison-Blanche ne se contente pas d’écrire n’importe quoi sur les réseaux sociaux. Son pouvoir de nuisance va bien au-delà. D’après The Wall Street Journal, il s’apprête à porter le coup de grâce à la politique climatique des États-Unis. Ce jeudi 12 février, son administration devrait abroger un texte fondateur adopté en 2009, revenant ainsi sur le “constat de mise en danger” qui reconnaissait la menace des gaz à effet de serre (GES) et permettait d’encadrer leurs émissions.
Pour les républicains climatosceptiques qui œuvrent en coulisse depuis des années à détricoter les mesures en faveur du climat, ce serait une grande victoire. Pour le reste du monde, un désastre.
Les États-Unis comptent déjà parmi les plus gros émetteurs de GES responsables du dérèglement climatique. Qu’en sera-t-il si plus rien ne les limite ? “On ne va pas laisser passer ça sans se battre”, assure au quotidien britannique The Guardian Meredith Hankins, directrice des affaires juridiques et climatiques fédérales pour l’ONG National Resources Defense Council. Plusieurs associations de défense de l’environnement ont fait savoir qu’elles contesteraient ce retour en arrière devant la justice. La procédure risque de prendre des années. Mais pendant ce temps, il est probable que l’exécutif se gardera bien d’appliquer les réglementations climatiques adoptées par le passé. Et les émissions risquent de s’envoler de plus belle.
S’il y a bien une chose qu’on ne peut pas reprocher à Donald Trump, c’est de nous décevoir. On s’attendait au pire. Nous voilà servis.
En bref
Il pleut des iguanes en Floride
C’est bien l’une des conséquences du dérèglement climatique. La vague de froid qui s’est abattue la semaine dernière en Floride – où les températures ont frôlé 0 °C – a eu un effet spectaculaire sur la population d’iguanes terrestres : le froid les a tétanisés, et ils sont tombés des arbres par milliers. Certains en état d’hibernation, d’autres morts de froid. Une catastrophe pour la biodiversité ? Pas vraiment, car les iguanes verts pullulent dans le sud de la Floride, où leur population a été estimée à 1 million d’individus. Ils ont été déclarés nuisibles. Pour en savoir plus et découvrir les spectaculaires images des iguanes endormis par centaines, c’est ici.
L’Europe est trop vulnérable sur les matières premières
Elles sont indispensables à la transition énergétique, mais aussi à la défense, aux communications… Les matières premières critiques sont l’objet de toutes les convoitises, mais pour l’heure l’Union européenne ne fait pas assez d’efforts pour s’assurer un approvisionnement pérenne et réduire sa dépendance sur ces matériaux stratégiques, souligne un rapport de la cour des Comptes européenne. Un bilan déploré à l’envi par la presse européenne. Trop peu de moyens sont déployés pour détecter de nouveaux gisements. Et quand ils sont identifiés, “il faut parfois jusqu’à vingt ans pour qu’un projet minier devienne opérationnel”, constate La Libre Belgique. Résultat : côté transformation, le seuil de dépendance est dépassé pour quatre matières premières stratégiques, note le rapport. Côté extraction, plus de 65 % de l’approvisionnement en bore de l’UE provient d’un seul pays, la Turquie. Pour en savoir plus, c’est ici.
Inondations hivernales en Colombie
Les pluies diluviennes qui tombent depuis une douzaine de jours ont noyé 80 % du département de Córdoba, en Colombie. Une catastrophe dont le bilan s’élevait au moins à 22 morts le 10 février. Le journal régional El Colombiano parle à juste titre d’une “tragédie hivernale”. Et une tragédie imprévisible, car la Colombie est actuellement en saison sèche. Mais cette année, Córdoba a été frappé par des pluies exceptionnelles nées de la convergence de phénomènes climatiques. Et l’arrivée de la saison des pluies, en mars, ne risque pas d’améliorer la situation. Les images tournées par le média Publimetro Colombia, qui montrent l’étendue des inondations, sont à visionner par ici.
À relire
Vous venez de lire l’édition no 129 de Climatiques.