Qui sème la data récolte la tempête

L’intelligence artificielle pourrait sauver la planète, soutient la tech… Qui n’est pas à une affirmation grandiloquente près pour vanter les supposées vertus de l’IA. L’ancien PDG de Google Eric Schmidt et le cofondateur de Microsoft Bill Gates “font tous deux valoir que les bénéfices à long terme de l’IA pour le climat pourraient être plus importants que les émissions associées à l’augmentation de la demande d’électricité des centres de données, voire permettre de les compenser”, rappelle The Register.
Sauf que. On l’a déjà dit par ici, l’explosion de l’IA générative nourrit une demande exponentielle en mémoire informatique, en stockage dans des data centers et, partant, en énergie… La consommation d’électricité des centres de données devrait passer de 415 térawattheures (Twh) en 2024 à 945 Twh en 2030, selon l’Agence internationale de l’énergie. Soit l’équivalent de la consommation électrique de toute l’Afrique en 2027… En France, les vastes entrepôts à serveurs comptaient déjà pour 2,2 % du total de la consommation électrique en 2025, selon l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe). L’équivalent de ce que consomment une dizaine de villes de plus de 100 000 habitants pendant un an. Si rien n’est fait pour accompagner ces besoins énergivores, alertait l’Ademe en début d’année, on assistera à “une hausse rapide des émissions de gaz à effet de serre et à des tensions accrues sur les ressources énergétiques, hydriques et foncières”.
L’IA a d’énormes besoins en eau pour refroidir ses serveurs, qui viennent aggraver les effets du dérèglement climatique, au Mexique comme dans la région de l’Aragon, en Espagne. Ces pressions hydrique, électrique et foncière sont à l’origine d’une grogne mondiale, comme l’explique le dossier à la une de Courrier international cette semaine, “Data centers, l’heure de la révolte”.
“La liste des griefs formulés à l’encontre de l’IA est variée”, explique Marietje Schaake dans le Financial Times. Ceux qui s’opposent aux data centers le font pour l’environnement et pour leurs factures d’énergie. Les partisans de “QuitGPT” boycottent le bot d’OpenAI pour ses liens avec Donald Trump. Le mouvement Resist and Unsubscribe (“Résister et se désinscrire”) alerte sur les dangers cognitifs de l’IA. Tous ne s’intéressent pas au climat, mais ce botlash (mot-valise composé de backlash, “retour de bâton”, et de bot) pourrait devenir politiquement gênant pour l’essor de la tech, explique la chercheuse en IA.
D’ailleurs, pour la première fois, une étude publiée à l’occasion du sommet international sur l’IA, en Inde, la semaine dernière, accuse cette technologie de greenwashing. Commandée par des associations de défense du climat, elle analyse 154 déclarations liant IA et solution à la crise climatique, tirées de sources diverses (climatologues, Microsoft, Google, AIE…) et démontre qu’elles sont sans fondement scientifique pour “36 % d’entre elles” et, pour 26 %, ne s’appuient sur aucune recherche universitaire publiée, relate The Guardian. Ainsi, l’argument répété par Google “selon lequel l’IA pourrait contribuer à réduire de 5 % à 10 % les émissions mondiales de gaz à effet de serre d’ici à 2030” est tiré d’une étude du cabinet BCG qui “citait un article de blog rédigé en 2021, attribuant ce chiffre à son ‘expérience avec ses clients’”, ajoute le quotidien britannique.
Bref, la tech a beau “affirmer contribuer à résoudre une crise climatique qu’elle a elle-même exacerbée, l’opinion publique pourrait commencer à se retourner”, résume The Register.
Serons-nous pour autant capables de modérer notre appétit “insatiable” de données ? D’ici à 2028, souligne la BBC, nous générerons 394 000 milliards de zettaoctets par an – 1 zettaoctet équivaut à 1 000 milliards de gigaoctets. L’avenir de la mémoire informatique n’est pas encore écrit, même si des pistes comme le cristal 5D ou le stockage sur ADN se dessinent, explique le média de service public. Les technophiles en sont convaincus : si l’IA est énergivore aujourd’hui, demain tout ira bien. On se permet de douter…
En bref
Révolution solaire en Afrique
Les installations de panneaux photovoltaïques sur le continent africain ont augmenté de 54 % en 2025 par rapport à l’année précédente, selon un rapport du Global Solar Council. Un record qui marque une “étape historique” et “indique que le vaste potentiel solaire de l’Afrique est enfin exploité grâce à un déploiement agressif”, estime le quotidien kényan Daily Nation. Il faut dire que la chute des prix des panneaux solaires venus de Chine aide à l’implantation massive de ces équipements, devenus la solution aux coupures de courant systémiques de l’Afrique du Sud, par exemple. Pour en savoir plus, c’est ici.
Café sous pression
Les pays producteurs de café deviennent trop chauds pour cette culture. “Les cinq premiers d’entre eux [Brésil, Vietnam, Colombie, Éthiopie et Indonésie], qui représentent 75 % de la production mondiale, connaissent, en moyenne, chaque année, cinquante-sept jours avec des températures inadéquates pour la culture du café”, explique The Guardian. En outre, les petits exploitants, majoritaires, n’avaient reçu, en 2021, que 0,36 % des fonds nécessaires pour qu’ils puissent s’adapter aux effets de la crise climatique. Pour en savoir plus, c’est ici.
La France a les pieds dans l’eau
Après le passage des tempêtes et les très fortes précipitations de ces dernières semaines, “dans l’ouest et le sud-ouest de la France, les habitants continuent de subir les conséquences des intempéries”, constate le quotidien néerlandais NRC. Il est urgent d’anticiper ce type d’événements extrêmes, probablement liés au changement climatique. Dans un rapport publié le 17 février, le Conseil scientifique consultatif européen sur le climat exhorte ainsi l’Union européenne à “se préparer à un monde plus chaud de 3 °C d’ici à la fin du siècle […] et à tester la résistance de scénarios encore plus extrêmes”, relate The Guardian. Pour en savoir plus, c’est ici.
À Rio, on recycle le carnaval
Du 13 au 21 février, Rio a vibré au rythme de son célèbre carnaval. Y a-t-il une autre solution que la décharge pour les tonnes de costumes des quelque 100 000 participants aux défilés ? Depuis 2020, le projet Sustenta Carnaval s’emploie à “transformer ces déchets en occasions à saisir”, rapporte El País : les costumes sont collectés, donnés ou revendus à très bas prix à des particuliers ou à des écoles de samba. Pour en savoir plus, c’est ici.
À relire
Vous venez de lire l’édition no 131 de Climatiques.