L’ONU réclame une enquête après la mort suspecte d’une figure de l’opposition en Libye
L’annonce, samedi 5 juillet, de la mort de l’activiste Abdel Monem Al-Marimi dans des circonstances troubles a provoqué de vives tensions dans la capitale libyenne, rapporte le journal panarabe britannique Al-Quds. Connu comme “l’une des figures les plus en vue” de la protestation contre le Gouvernement d’unité nationale (GUN) qui domine l’ouest du pays, selon les mots d’Al-Araby Al-Jadeed, il était particulièrement actif sur les réseaux sociaux, où il appelait régulièrement à manifester contre le pouvoir.
Dans la nuit du 30 juin au 1er juillet, la police avait retrouvé la voiture d’Abdel Monem Al-Marimi abandonnée sur une route de la ville de Sorman, à l’ouest de Tripoli, “avec ses deux jeunes filles à l’intérieur”. Ce n’est que plusieurs jours plus tard, le 4 juillet, que le procureur général libyen avait admis qu’Al-Marimi avait été arrêté et avait annoncé qu’un incident était survenu : Al-Marimi se serait “jeté dans la cage d’escalier [des locaux du parquet de Tripoli] juste avant sa libération”. Transféré à l’hôpital, il aurait succombé à ses blessures.
Dans la capitale, des manifestations ont éclaté pour réclamer la vérité sur les circonstances de sa mort. Sous la pression de l’opinion, le bureau du procureur a fait publier des vidéos de surveillance montrant l’instant où il se serait jeté dans le vide.
Cas isolé ?
De son côté, la Mission d’appui des Nations unies en Libye (Manul) a réclamé dans un communiqué l’ouverture d’une enquête qui ne se limiterait pas à l’incident ayant conduit à sa mort au parquet, mais surtout “sa détention arbitraire et les allégations de torture dont il aurait été victime entre son enlèvement à Sorman et sa remise au parquet”, indique le site d’information Libya Observer. Pour la Manul, le cas d’Abdel Monem Al-Marimi pourrait ne pas être isolé. Elle appelle à ce que les autorités “respectent la liberté d’expression et mettent fin aux détentions illégales”.
De son côté, la Direction de la sécurité intérieure, qui avait interpellé l’intéressé, s’est défendue de tout manquement à ses responsabilités, explique le quotidien londonien panarabe Asharq Al-Awsat. Selon un communiqué publié par cet appareil sécuritaire relevant du GUN, Al-Marimi avait été “traité avec respect, conformément aux lois en vigueur et à la charia islamique, avant d’être transféré au bureau du procureur général”.
Pour l’ONG Institution nationale des droits de l’homme en Libye, qui publie sur sa page Facebook la vidéo de l’interpellation d’Al-Marimi, l’incident “démontre la détérioration de la situation sécuritaire dans la capitale, Tripoli, et l’incapacité des citoyens à mener leur vie quotidienne de manière normale et humaine, sans subir de pressions, d’intimidations et de menaces de la part des groupes armés”.