La mémoire, un enjeu au cœur de la visite du président allemand à Guernica

L’article de la semaine
Pourquoi cet article
Cette semaine, nous vous proposons de revenir sur la portée historique et symbolique de la venue du président allemand, Frank-Walter Steinmeier, en Espagne, et plus précisément dans la ville de Guernica, au Pays basque, à travers ce tour d’horizon des analyses de médias allemands et espagnols.
Si le président de la République fédérale d’Allemagne n’exerce qu’une fonction honorifique, ce déplacement constitue un événement intéressant pour les élèves de terminale qui travaillent sur le thème relatif à l’histoire et aux mémoires, et en particulier sur le poids croissant des négationnistes dans les débats historiques.
S’il ne fallait retenir qu’une citation
“Guernica représente, en Allemagne et à l’étranger, l’un des symboles les plus anciens de la guerre criminelle menée par le IIIe Reich avant même le 1er septembre 1939.”
Comme le montre cette citation tirée du quotidien allemand Die Welt, la venue à Guernica du président allemand, le 28 novembre dernier, est symbolique. Frank-Walter Steinmeier a tenu à rendre hommage aux victimes du bombardement allemand qui a rasé la ville en 1937, en y déposant une gerbe de fleurs et en allant se recueillir au musée de la Paix. Il a insisté sur le rôle important joué durant la guerre civile espagnole par la dictature nazie, venue en soutien au coup d’État du général Franco face au camp des républicains.
Le 26 avril 1937, 44 avions de la légion Condor, issue de l’Allemagne nazie, et 13 avions de l’Italie fasciste ont déversé 31 tonnes de bombes sur la petite ville basque. Si l’importance stratégique réelle de ce bombardement fait encore l’objet de débats historiques, beaucoup considèrent qu’il a été un moyen pour la Luftwaffe (l’armée de l’air allemande) de tester sa stratégie de bombardement, en utilisant des bombes explosives mais aussi incendiaires sur la population civile. Cette stratégie a été reprise pendant la Seconde Guerre mondiale dans le cadre du blitzkrieg (guerre éclair).
Comme le souligne Die Welt, cette intervention des nazis dans la guerre civile espagnole s’inscrit dans le cadre d’une “guerre par procuration” entre le camp des fascistes et des nazis, d’un côté, et le camp des communistes, de l’autre.
Ce qui ressort de cette revue de presse, c’est que Guernica est aujourd’hui un lieu de mémoire symbolique à plus d’un titre. Tout d’abord, l’attaque que la ville a subie a préfiguré la violence des bombardements contre les civils qui a été par la suite l’une des caractéristiques de la Seconde Guerre mondiale, jusqu’aux bombardements de Hiroshima et de Nagasaki. Guernica est aussi devenu un symbole de paix et de lutte contre le fascisme par le biais de la toile peinte par Picasso, qui a été exposée dans de nombreux pays du monde. Enfin, comme le relève le quotidien espagnol La Vanguardia, les débats concernant Guernica sont représentatifs de la montée des courants négationnistes et révisionnistes, qui cherchent à réécrire l’histoire de la guerre civile espagnole en minimisant les atrocités commises par les franquistes et leurs alliés fascistes et nazis.
Le 50e anniversaire de la mort de Franco, en 2025, a d’ailleurs été l’occasion de constater le poids qu’occupent l’extrême droite et la pensée révisionniste dans le paysage politique espagnol.
Pour aller plus loin
Pour revenir sur la façon dont les révisionnistes cherchent à instrumentaliser l’histoire, nous vous proposons de consulter les liens suivants :
Et ce qu’il ne fallait pas rater non plus cette semaine
Nous proposons aux élèves de terminale qui travaillent sur le thème consacré au patrimoine cette revue de presse qui revient sur l’inscription par l’Unesco du caftan marocain sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l’humanité. L’occasion de constater que le patrimoine est aussi un enjeu géopolitique.