Disparition. Thierry Ardisson, le “provocateur” qui a “transformé la télévision française”, est mort
“Il y avait chez Thierry Ardisson ce qui manque sans doute le plus à la télévision française d’aujourd’hui : l’élégance de la transgression, retient Richard Werly, chroniqueur du tabloïd suisse Blick. Une transgression pas toujours fine, souvent grivoise, servie par des ‘snipers’ sur le plateau de ses émissions dont la mission était de déstabiliser les invités.”
L’“‘homme en noir’ − sa tenue préférée, veste et tee-shirt noir” s’est éteint à l’âge de 76 ans, des suites d’un cancer du foie, ont annoncé ses proches, lundi 14 juillet. Ironie du sort, Ardisson est mort un jour de fête républicaine, lui qui “affichait ses convictions royalistes”, relève Blick. De l’avis du média suisse, également repris par plusieurs titres de la presse étrangère, l’animateur et producteur a “transformé la télévision française”.
“Après ses débuts dans la publicité, puis dans la presse écrite”, le natif de Bourganeuf, dans la Creuse, s’est lancé à la télévision en 1985 avec Descente de police, retrace Le Matin, autre journal suisse. Il contribue à créer une formule inédite sur TF1, chaîne qui n’est “pas encore privatisée” : “celle du talk-show ‘à la française’”, se remémore Blick. L’émission s’arrête quelques mois plus tard, à la demande de la Haute Autorité de la communication audiovisuelle (l’ancêtre de l’Arcom). Ardisson rebondit avec Scoop à la une, toujours sur TF1, “où son style provocateur avait déjà fait mouche”, remarque Le Matin.
“Des questions cash, voire trash”
“Mais c’est sur la Cinq, puis Antenne 2 [l’ancienne France 2], que Thierry Ardisson a lancé nombre d’émissions devenues cultes”, enchaîne le quotidien de Lausanne, qui cite entre autres Bains de minuit, Lunettes noires pour nuits blanches, Double Jeu et “l’inoubliable” Tout le monde en parle (entre 1998 et 2006).
Cette “émission à succès” anime les deuxièmes parties de soirée du samedi, raconte Le Soir. “Flanqué de son acolyte Laurent Baffie”, Ardisson “y enchaîne les interviews chocs, parfois violentes, quitte à pousser ses invités à quitter le plateau”, détaille le journal belge. À Madrid, le portail d’information El Confidencial n’a pas oublié le jour où l’actrice Milla Jovovich a tapé dans son verre “après l’une de ses questions irrespectueuses”.

“L’animateur aime désarçonner ses invités avec des questions cash, voire trash”, confirme Le Soir, qui se souvient de la fois où, au cours d’une interview “Alerte rose” en 2001, Ardisson avait demandé à l’ancien Premier ministre socialiste Michel Rocard : “Sucer, c’est tromper ?”
Ce concept de l’interview formatée, durant laquelle les personnalités ne peuvent pas “réciter leurs propos préparés par un communicant”, a renvoyé “les politesses de Michel Drucker, le grand prêtre de la variété française, aux archives de l’histoire”, souligne Richard Werly, pour Blick.
Peu modeste et “bosseur acharné”
En 2003, “le provocateur en chef du paysage audiovisuel français” crée “encore” un nouveau concept télévisé avec 93, Faubourg Saint-Honoré, diffusé sur Paris Première, ressasse Le Soir. “Un repas mondain bien arrosé”, avec tournage “dans son propre appartement parisien”, où il reçoit des personnes “faisant l’actualité du moment : écrivains, chanteurs, comédiens, journalistes, sportifs et même des anonymes”, liste le quotidien bruxellois.
“Peu connu pour sa modestie, mais aussi bosseur acharné”, l’ancien publicitaire “a aussi fait de la radio, produit des séries et des films”, énumère Le Matin. Il avait “été condamné pour des articles racoleurs”, du temps où il travaillait au mensuel Entrevue, qu’il a fondé au début des années 1990, précise le journal.
“Thierry Ardisson avait une qualité que tous ses concurrents et ses employeurs lui ont reconnue : l’inventivité”, concède Blick. Le média applaudit l’“ultime facétie télévisuelle” du producteur, Hôtel du temps, “un magazine d’interview fiction nourri d’images d’archives”, diffusé à partir de 2022 sur France 3, et qui lui a permis “d’échanger avec Jean Gabin, Dalida ou Coluche. Aussitôt, le concept s’exporte”.

Décoré de la Légion d’honneur en 2024, marié à trois reprises et père de trois enfants, Thierry Ardisson “partageait la vie de la journaliste et présentatrice de TF1 Audrey Crespo-Mara, qu’il avait épousée en 2014”, conclut Le Matin. C’est elle qui a annoncé sa disparition à l’AFP.