Comment Trump a peu à peu paralysé la démocratie américaine

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Pourquoi cet article
Le 14 janvier, Courrier international a publié un hors-série intitulé Goodbye America. À travers de nombreux articles, ce numéro s’interroge sur la façon dont Donald Trump transforme peu à peu la démocratie américaine – pourtant un modèle pour de nombreux États depuis le XVIIIe siècle – en un régime de plus en plus autoritaire.
En ouverture de ce hors-série, l’article rédigé par le journaliste et essayiste George Packer pour le magazine The Atlantic analyse de façon très pédagogique et concrète cette dérive autoritaire. Cet article peut être précieux pour les élèves de première qui étudient le thème sur la démocratie, car il ouvre des perspectives de réflexion tirées d’un exemple concret et permet de revenir sur la montée en puissance des populismes et des démocraties dites “illibérales”.
S’il ne fallait retenir qu’une citation
“Nous vivons dans un État autoritaire.”
L’article de George Packer s’ouvre sur ces mots, mais rapidement l’auteur les nuance en montrant que l’autoritarisme d’aujourd’hui n’a rien à voir avec les idéologies totalitaires de la première partie du XXe siècle. Pour lui, l’autoritarisme moderne est en fait un état de transition entre la démocratie et l’autocratie.
Beaucoup de politologues tentent de définir cette nouvelle forme de pouvoir, la nommant “démocratie illibérale, autoritarisme compétitif [ou] populisme de droite”, relève-t-il. Partout dans le monde, de nombreux États s’inscrivent dans cet autoritarisme moderne, comme la Hongrie de Viktor Orban, la Turquie de Recep Tayyip Erdogan ou encore l’Inde de Narendra Modi. George Packer parle plutôt pour sa part de “démocratie zombie”, car les institutions qui font la force de la démocratie ne disparaissent pas : elles sont privées de leur vitalité, mais elles subsistent, “donnant l’illusion d’une démocratie toujours vivante”.
Le président américain a ainsi réussi à paralyser peu à peu les institutions démocratiques en nommant des proches à des postes clés ou en menaçant des dirigeants d’universités ou d’organisations, ou des médias qui auraient pu constituer des contre-pouvoirs. Les grands patrons de la tech comme Mark Zuckerberg ou Elon Musk ont revu à la baisse leur politique de modération des contenus sur leurs réseaux sociaux, laissant proliférer des vagues de fake news, souvent au service des discours de la Maison-Blanche.
Désirant avant tout se maintenir au pouvoir et s’enrichir, de tels régimes illibéraux ne cherchent pas à imposer une idéologie, mais bien au contraire à rendre passive une opinion publique qui se méfie de plus en plus des élites traditionnelles. Le chef devient alors le porte-parole des “vraies” gens (“nous”), contre les élites corrompues, les minorités ou les étrangers (“eux”). C’est ce que l’on appelle le “populisme”.
L’article évoque aussi Alexis de Tocqueville, que les élèves étudient dans l’axe 2 du chapitre sur la démocratie. Pour celui-ci, la démocratie américaine se maintient grâce à l’engagement de ses citoyens, leur capacité à débattre, à participer : ce qu’il appelle leurs “mœurs”. Mais aujourd’hui l’opinion publique américaine semble plus polarisée que jamais, les réseaux sociaux enfermant chaque citoyen dans une bulle de filtre le rendant de moins en moins capable de comprendre les autres. George Packer parle ainsi de “polarisation algorithmique”.
Devant la progression des populismes dans le monde, comment faire ? L’auteur appelle les citoyens à retrouver leurs “mœurs”, qu’il nomme aussi, comme Tocqueville, leurs “habitudes du cœur”.
Pour aller plus loin
Pour approfondir ce questionnement sur la démocratie à l’ère de Trump, nous vous conseillons de consulter les articles suivants :
Et ce qu’il ne fallait pas rater non plus cette semaine
Nous pouvons proposer aux élèves de terminale qui travaillent sur le thème de la connaissance cette enquête du média russe indépendant Most. L’un de ses journalistes (dont certains se trouvent en Russie, les autres étant dispersés dans plusieurs pays) a disposé pendant plusieurs mois d’un accès au ministère de la Culture russe et décrit de l’intérieur cette institution qui serait devenue un véritable ministère de la propagande patriotique.