Après la “poussée de fièvre” au Bénin, la Cedeao envoie des troupes pour soutenir Cotonou
Après la tentative de coup d’État qui a secoué le Bénin, “la réaction régionale n’a pas tardé”, note Africa Radio.
La Communauté économique des États d’Afrique de l’ouest (Cedeao) a annoncé dimanche 7 décembre le “déploiement immédiat” de troupes du Nigeria, de la Sierra Leone, de la Côte d’Ivoire et du Ghana sur le territoire béninois pour soutenir “le gouvernement et l’armée républicaine” du Bénin et “préserver l’ordre constitutionnel”, rapporte Actu Cameroun.
“L’objectif : stabiliser immédiatement le pays et empêcher tout risque de reprise du soulèvement, dans une région où les coups d’État se multiplient depuis 2020”, précise Africa Radio. “Cette intervention marque l’une des réponses les plus rapides de la Cedeao depuis la montée des crises politiques en Afrique de l’Ouest”, remarque Radio Africa.
Peu avant l’annonce de l’organisation ouest-africaine, le Nigeria a de son côté mené des frappes aériennes sur des cibles à Cotonou sur demande du Bénin pour “déloger les putschistes de la télévision nationale”, et a déployé des troupes au sol, rapporte Business Insider Africa.
Les autorités béninoises ont affirmé dimanche avoir déjoué cette tentative de coup d’État visant à renverser le président Patrice Talon, lequel a assuré que la situation était désormais “totalement sous contrôle”. Dans la soirée, la France a néanmoins appelé ses ressortissants “à la plus grande prudence” en raison d’“un contexte à cette heure encore volatil”.
“Une épine dans le pied” de la Cedeao
Le putsch déjoué au Bénin est “une nouvelle épine dans le pied” de la Cedeao, note l’Observateur Paalga, quelques jours seulement après le coup d’État militaire qui a secoué la Guinée-Bissau. “Alors qu’elle peine à se faire entendre par les nouveaux maîtres de Bissau, voilà que la soudaine poussée de fièvre au Bénin s’invite à son agenda politique”, observe le quotidien burkinabé.
Impuissante face au balayage le 26 novembre dernier du gouvernement bissau-guinéen démocratiquement élu, “l’organisation aurait difficilement survécu, politiquement comme moralement, à un nouveau coup d’État réussi au Bénin”, estime Le Pays. Si le Bénin “semble s’être éloigné du précipice […], le chemin demeure escarpé, surtout dans un espace régional où les régimes civils avancent sur une ligne de crête”, met en garde le journal.
“Cette situation révèle un malaise démocratique au Bénin relativement profond”, analyse l’expert sénégalais des droits de l’homme Alioune Tine, interrogé dimanche par le Washington Post.
S’il est salué pour le développement économique du Bénin, le président Patrice Talon est dans le même temps accusé par ses détracteurs d’avoir opéré un virage autoritaire “dans un pays longtemps présenté comme l’un des laboratoires démocratiques les plus solides de la sous-région”, rappelle Le Pays. Le président âgé de 67 ans a déclaré qu’il quitterait ses fonctions à la fin de son mandat l’année prochaine, comme l’exige la constitution du pays, rappelle le Post. Mais “il a également interdit au principal parti d’opposition de participer aux élections de l’année prochaine et incarcéré des figures clés de l’opposition”.
“Sentiment d’étouffement”
“Le sursaut séditieux, même avorté [de dimanche], révèle une fissure politique et sociale bien réelle, nourrie par un sentiment d’étouffement chez une partie de la population”, analyse Le Pays. Beaucoup dénoncent, en effet, des mesures jugées liberticides, liées à une gouvernance Talon, perçue comme fortement centralisatrice et jalouse de ses prérogatives.”
Le président béninois “l’a échappé belle, mais ne devrait pas pavoiser”, prévient Aujourd’hui au Faso. “Les velléités de retour du pouvoir kaki au Bénin sont des signes patents que des réglages sont à faire avant les prochaines échéances électorales”, estime le média burkinabé. “Si économiquement, et même sur le plan de la stabilité Talon a pu gérer durant 9 ans, cette fin de mandat pour le moins violent, vient lui rappeler […] qu’il lui appartient de savoir lire ce message bruyant de ces bottes, coup de semonce que la démocratie est toujours réversible”.