De Téhéran à Machhad, une nouvelle vague de manifestations massives secoue l’Iran
Cela pourrait être “la plus grande démonstration de force des opposants” au régime des ayatollahs “depuis des années”, résume la BBC.
Selon le média britannique, “d’immenses foules de manifestants” ont défilé jeudi 8 janvier, dans la soirée, dans la capitale iranienne et dans plusieurs autres villes du pays. BBC Persian a confirmé l’authenticité de plusieurs vidéos filmées à Téhéran et dans la deuxième ville du pays, Machhad. On y entend les manifestants appeler au renversement du guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, et au retour de Reza Pahlavi, le fils en exil de l’ancien shah, qui a appelé ses partisans à descendre dans la rue.

“L’ampleur des foules mobilisées jeudi soir a rappelé à certains participants et observateurs le Mouvement vert de 2009, durant lequel environ trois millions d’Iraniens étaient descendus dans les rues de Téhéran en une seule journée”, note le Washington Post. “Lors des manifestations iraniennes qui ont suivi, la mobilisation a généralement été plus limitée et plus dispersée, en partie en raison de la répression sécuritaire. Mais jeudi soir c’était différent”, assure le quotidien américain.
“Les gens sortent en famille”
Dans un message vocal adressé au Post, Yaser, un habitant de Téhéran qui participait à une marche vers 20 h 30, a affirmé que des hommes, des femmes et des enfants étaient présents dans les rues. “Les gens sortent en famille”, témoigne-t-il. C’est incroyable.” Des vidéos partagées par des médias en persan basés hors d’Iran ont corroboré son témoignage sur l’ampleur des cortèges dans la capitale, note le Washington Post.
Le correspondant d’Al-Jazeera à Téhéran Tohid Asadi affirme que plusieurs milliers de manifestants étaient dans la rue, dans la capitale iranienne. “Ce que nous avons vu, c’est un nombre bien plus important de quartiers de la capitale iranienne qui manifestaient. Plusieurs rues étaient bloquées” a-t-il rapporté en ajoutant que “des confrontations avaient eu lieu entre la police et les manifestants”.
“Nous savons que la pression économique a érodé la confiance du public et alimenté le mécontentement, en particulier parmi les classes populaires et les classes moyennes inférieures, qui peinent désormais à satisfaire leurs besoins quotidiens”, explique Asadi.
Si les protestations ont été majoritairement pacifiques en début de soirée, des violences ont éclaté plus tard dans la nuit dans la capitale, rapporte le New York Times. Le quotidien évoque des vidéos tournées jeudi soir montrant des bâtiments gouvernementaux en feu à travers le pays, y compris à Téhéran, à mesure que les manifestations se sont intensifiées.
Des manifestants ont mis le feu à des voitures, des bâtiments et des objets dans les rues, affirme le journal. Une vidéo vérifiée par The New York Times montre aussi des incendies dans les rues de la place Kaj à Téhéran, alors que des milliers de manifestants envahissent la zone.
Coupure Internet
Selon plusieurs groupes de surveillance, l’Iran a été “presque entièrement coupé d’internet jeudi, alors que la République islamique peinait à contenir la vague de manifestations la plus grave depuis des années”, note le Financial Times. L’accès au web a déjà été restreint par le passé lors de périodes de troubles, rappelle le quotidien financier britannique.
“Nous voyons que le système a du mal à répondre à une vague de protestation majeure, qui n’a fait que prendre de l’ampleur depuis son déclenchement”, a déclaré Sanam Vakil, directrice du programme Moyen-Orient à Chatham House, au Financial Times. “Sans changements structurels significatifs, ils se retrouveront dans une impasse.”
Plusieurs Iraniens interrogés par le Washington Post ont estimé que le soutien public du président américain Donald Trump aux manifestants avait “renforcé la motivation de la population à résister”. Jeudi, le républicain a menacé de “frapper très fort” l’Iran si les autorités “commençaient à tuer” des manifestants, “sans que l’on sache clairement quelle forme prendrait une telle intervention”, note le quotidien américain.