Prudence après le réchauffement des relations intercoréennes



La Corée du Nord et la Corée du Sud ont échangé mardi leurs premiers appels téléphoniques après treize mois de silence radio. Mais la presse et les experts restent prudents sur les effets de ce réchauffement inattendu entre les deux pays.

“La Corée du Sud a depuis longtemps souligné l’importance des ‘téléphones rouges’ transfrontaliers, pour éviter les conflits involontaires entre les deux armées, explique le New York Times. Mais les deux Corées ont également utilisé ces lignes directes pour favoriser le dialogue, discuter d’aide humanitaire et d’autres gestes de conciliation”.

La Corée du Nord avait mis fin unilatéralement à ces appels quotidiens en juin 2020 pour protester contre l’envoi sur son territoire de tracts de propagande anti-Pyongyang en provenance du Sud. Dans la foulée, elle avait dynamité un centre de liaison intercoréen, du côté du Nord, confirmant le refroidissement des relations.

La rupture était d’autant plus brutale qu’elle survenait après deux années de détente historique, avec trois sommets en 2018 entre le leader nord-coréen, Kim Jong-un, et le président sud-coréen, Moon Jae-in, et deux sommets, en 2018 et 2019, entre Kim et l’ex-président américain Donald Trump.

Échanges de courriers

Mais le 27 juillet au matin, à la surprise générale, les deux pays ont annoncé simultanément la reprise des communications. La date n’était pas anodine : elle marquait le 68e anniversaire de la fin des combats de la guerre de Corée (1950-1953) – un conflit officiellement toujours en cours, souligne Bloomberg.

Les leaders des deux pays avaient commencé à s’échanger des courriers dès avril dernier, rapporte le Korea Herald, mais “il n’a jamais été question d’organiser un sommet”, selon une source sud-coréenne citée par le journal.

Pour The Diplomat, la stratégie de la Corée du Sud est transparente : “Alors que le mandat de Moon s’achève dans huit mois, le gouvernement sud-coréen essaie de créer un élan pour faire revenir le Nord à la table des négociations avec les États-Unis”. Car malgré deux sommets Kim-Trump ultramédiatisés, la dénucléarisation de la péninsule est au point mort.

Les motivations de la détente côté nord-coréen sont moins évidentes. Selon AP, certains experts pensent que Pyongyang “cherche à améliorer ses relations avec la Corée du Sud dans l’espoir que Séoul persuadera les États-Unis de faire des concessions quand les négociations sur le nucléaire reprendront avec Washington”.

“Pas de changement majeur”

D’autres observateurs avancent que c’est la situation économique catastrophique de son pays qui a amené Kim Jong-un à tendre la main à son voisin du Sud, prélude à une possible reprise de l’aide humanitaire et à un soutien dans la lutte contre le Covid-19.

Lee Ho-ryung, spécialiste des questions nucléaires au Korea Institute for Defense Analyses, ne se fait guère d’illusions. “Même si la Corée du Nord a restauré les canaux de communication intercoréens, à mon avis il n’y aura pas de changement majeur dans sa politique extérieure ou intercoréenne”, déclare-t-elle à NPR.

Elle ne voit donc pas de reprise imminente des discussions avec les États-Unis sur le dossier nucléaire – l’administration Biden s’est d’ailleurs contentée mardi d’une réaction du bureau de presse du département d’État, assurant que la reprise des communications était “un pas dans la bonne direction”.

Le Korea Times se veut plus optimiste, estimant qu’avec le réchauffement annoncé mardi “on peut s’attendre à une accélération des relations intercoréennes”. Or une communication fluide dans la péninsule est positive pour les relations entre Pyongyang et Washington, observe le Wall Street Journal : “La reprise du dialogue intercoréen avait été déterminante pour préparer le terrain à la tenue des sommets” entre Kim et Trump, note le quotidien économique.





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